EDITO

 

Des cas très médiatisés d’athlètes féminines tel que Caster Semenya, ou encore Dutee Chand, ont récemment mis en lumière les limites de la classification binaire des sexes dans le sport de haut niveau. Les catégories  « féminine » et « masculine » ont été mises en place par les institutions sportives par souci d’équité., Le principe de justice justifiant une telle catégorisation étant que les performances des hommes sont significativement supérieures à celles des femmes. C’est cette binarité et son principe d’équité qui sont aujourd’hui reconsidérés, au vu de la différence de performances entre les athlètes, au sein même de la catégorie féminine. 

Au regard des classements des sportives d’élite, il semblerait que les femmes avec des niveaux élevés de testostérone aient tendance à surperformer significativement les femmes avec des concentrations de testostérone plus faibles dans les épreuves d'athlétisme comme les sprints, les sauts et les lancers. Ces femmes dites hyperandrogènes (ayant un taux anormalement élevé d’hormones masculines dont la testostérone, tous types confondus) représentent 0,05% de la population mondiale, mais 0,7% des sportifs d’élite. Aux derniers championnats du monde d’athlétisme à Doha en 2019, ce sont d’ailleurs trois athlètes hyperandrogènes qui sont montées sur le podium de l’épreuve du 800m. 

À la suite du scandale des tests de sexe de Caster Semenya aux championnats du monde de 2009, l'instance dirigeante internationale de l'athlétisme a introduit des règles obligeant les athlètes hyperandrogènes à abaisser artificiellement ces niveaux d’androgènes. Depuis le 8 mai 2019, les femmes athlètes disposant d’un taux de testostérone trop élevé devront le maintenir en dessous d’un certain seuil, à l’aide notamment de traitement hormonaux, sous peine d’inéligibilité aux compétitions féminines d’athlétisme sous l'égide de l’IAAF (Fédération internationale d’athlétisme, World Athletic). Par cette directive, l’IAAF souhaite limiter les avantages que pourrait procurer la testostérone sur les performances des athlètes hyperandrogènes et qui nuisent, selon la fédération, à l’équité du sport.

Cette décision a soulevé une pluralité de questionnements et de désaccords dans le monde du sport de haut niveau, entre médecins, responsables politiques et au sein de différentes instances sportives et juridiques. Ces désaccords ont trait aux notions de “performance normale” et d’équité dans le sport qui font émerger des questions sous-jacentes sur les droits de la femme, sur la binarité du modèle de catégorisation femme/homme remise en cause par les nombreux “cas particuliers”, sur la manière de réguler leur éligibilité aux compétitions, la manière de fixer des seuils et la légitimité des études sur lesquelles on s’appuie, les conséquences physiologiques et psychologiques de ces traitements sur les athlètes etc.

D’un côté, l’appréhension du sexe et du genre ainsi que la définition complexe du sexe biologique au regard des nombreuses variations possibles ont incité les instances sportives à revoir leurs critères de catégorisation et à faire évoluer les tests de féminité. D’autre part, de nombreux acteurs questionnent le critère actuellement retenu, à savoir le taux de testostérone, comme indicateur de performance valable ainsi que les répercussions de celui-ci sur les politiques sportives et sur les athlètes elles-mêmes. Enfin, la pertinence de la bicatégorisation et des sanctions d’atouts sélectifs dans les compétitions sportives est interrogée. La remise en question de cette organisation ouvre la voie à de nombreuses possibilités d’évolution de la régulation sportive.

 

Ce questionnement se décline donc selon une problémagique, et trois axes qui constituent les points controversés centraux du sujet :

Est-il possible d'autoriser les athlètes féminines hyperandrogènes à concourir avec les femmes en compétition internationale ? Et si oui, quelle réglementation mettre en place pour réguler cette situation ? 

 
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