Sexe, genre et test de féminité

La question du sexe est particulièrement importante dans le monde du sport où les compétitions s’articulent autour de catégories bien établies : d’un côté les hommes, de l’autre les femmes. Depuis l’arrivée des femmes dans le sport de compétition, cette distinction est primordiale. Initialement, elle existait surtout parce que le sport féminin n’avait pas le même prestige que le sport masculin. Cela s’explique par le fait que la pratique sportive est intimement liée à l’utilisation et l’exploitation du corps. De fait, l’appropriation du sport par les femmes s’est irrévocablement heurtée aux représentations normatives du corps et de la féminité qui englobent la sexualité, la beauté et la maternité. Ainsi les femmes se sont vu plus largement concourir pour de la gymnastique rythmique ou encore de la natation synchronisé, plutôt qu’en boxe ou au rugby. Aujourd’hui même si les mentalités changent on observe un plus faible engouement pour les sports féminins, comme on peut le voir pour le football par exemple [1]. Malheureusement ces constructions sociétales font, qu’aujourd’hui les athlètes féminines, à niveau et compétition égaux, ne gagnent pas les mêmes salaires que les hommes. Les femmes doivent encore bien souvent travailler à côté de la compétition pour pouvoir vivre décemment. Le sport reste encore une pratique très masculine, on le voit notamment dans le nombre très faible des journalistes sportives [2].

Avec la mise en visibilité progressive des performances des femmes et le nombre croissant de pratiquantes, les femmes concourent désormais dans la majorité des sports de compétition. Deux sports n’autorisent pas encore de participation féminine  : la lutte gréco romaine et le canoë. Toutes deux pour des raisons portées sur la différenciation sexuelle. Le premier considéré comme un sport exclusivement masculin propose une alternative complémentaire mais différente : la lutte féminine qui évolue avec des règles bien distinctes. Comme le rappelle la Fédération française de lutte, la lutte gréco-romain “est interdite aux femmes”, elles “ne peuvent participer qu’à la lutte féminine” qui est adaptée à la physiologie et à la morphologie des femmes. Quant au canoë, il est refusé aux femmes pour des raisons de déformation du bassin et par conséquent de fécondité [3]. 

Bien que la quasi totalité des sports soient accessibles aux femmes, elles concourent toujours dans une catégorie distincte de celle des hommes. La justification principale des instances internationales du sport pour maintenir une telle distinction est le principe d’équité entre les athlètes. Les performances sportives féminines étant généralement inférieures aux performances masculines, la distinction entre les sexes semble indiscutable. Les hommes, grâce à leurs hormones, développent en général une masse musculaire plus importante, des os plus grands et ont une masse maigre plus élevée que les femmes, des caractéristiques qui se répercutent sur leurs performances dans certaines épreuves. Historiquement, la question de la binarité du sexe s’est posée comme un enjeu d’équité sportive dans la construction de la réglementation sportive internationale.

 

Pourtant, cette distinction binaire « performance masculine » et « performance féminine » n’a en réalité rien d’évident. En restituant les débats entre chercheurs et acteurs du monde du sport pour établir cette distinction et ces catégories, nous allons montrer comment les sportives hyperandrogènes mettent à l’épreuve la conception biologique des sexes posée par la réglementation sportive internationale.